Aux abords du Fleet Center, le
coeur de la tribune politique, les protestataires les plus
extrêmes se retrouvent dans 200 m2 pour lâcher leur venin contre
certaines franges de la population américaine. Les plus bruyants
sont ceux qui comparent les démocrates à des fags,
insulte suprême pour désigner la population homosexuelle. Au nom
de l'article premier de la Constitution, ces manifestants
peuvent dire ce qu'ils veulent dans cet enclos surprotégé.
Une fois passé la sécurité pour
pénétrer dans l'antre de la convention, c'est l'ébullition. Les
5.000 délégués venus des cinquante Etats pour soutenir la
candidature de John Kerry s'en donnent à coeur joie. Déguisés
aux couleurs du drapeau américain, chapeaux, lunettes
clownesques, rien n'est assez ridicule pour marquer son soutien.
Peggy, venue tout droit d'Ohio,
est aux premières loges. Active au sein de son syndicat, cette
femme d'une cinquantaine d'années dit «soutenir le plan
économique et la liberté d'expression». Elle vient à Boston
pour «apprendre et s'éduquer afin de convaincre tout le monde
de voter pour Kerry» dès son retour à New Philadelphia.
Politique et virée
Plus loin, au milieu de la
foule en liesse, on aperçoit Jessy, 19 ans, look baba cool,
flanquée d'un autocollant antiguerre sur le bras. Déchaînée,
elle profite de chaque pause musicale entre deux tribunes pour
danser avec ses voisins. La jeune militante de Seattle fait
partie d'une délégation de l'Etat de Washington. «C'est
génial d'être au centre de la campagne, s'écrie-t-elle.
On fait la fête toute la nuit et le lendemain, il faut être
d'aplomb pour les débats politiques et écouter les discours. Pas
évident, mais excitant.»
Car ici, quand les projecteurs
officiels de la convention s'éteignent, les spots des soirées de
soutien prennent le relais. Ce soir, Jessy propose de laisser de
côté une fête Sex and Politics pour rejoindre La Nuit
portoricaine pour Kerry, dans un club du sud de la ville. Là
encore, la même ferveur. On s'échange ses cartes de visite tout
en discutant des différents intervenants de la soirée, sans
rater une occasion de trinquer au succès des démocrates.
La passion politique de ces
militants ferait presque oublier que la convention est avant
tout un grand show médiatique. Aux alentours du dôme central, on
ne compte plus les caméras et les micros qui donnent à la ville
des allures de Festival de Cannes. 15.000 journalistes ont fait
le déplacement pour couvrir l'événement. En plus des icônes
politiques, les stars du petit et du grand écran comme Ben
Affleck ou Michael Moore montent les marches de la convention.
Boston et ses partisans démocrates savourent leurs heures de
gloire en espérant que le 2 novembre prochain, jour de
l'élection, leur candidat sera fêté par le pays tout entier.
D. B. - B.C.
© La Dernière Heure 2004