CORRESPONDANT PARTICULIER A NEW
YORK,

DAVID BENAYM
Bad.
C’est le sentiment général qui se dégage lorsque le nom de
Michael Jackson est évoqué ces dernières semaines. Depuis que le
roi de la pop est accusé d’agression sexuelle sur mineur, seules
les images de son arrestation passent en boucle dans les médias
américains. Ses chansons, sa musique, ses concerts, ses œuvres
de charités, toutes ses activités sont généralement censurées.
En 3
semaines, Thriller, Billy Jean, Heal the World, tous les
standards de Jackson ont disparu de la programmation des radios
locales et musicales. Les clips vidéo tant appréciés d’habitude
pour leur qualité artistique sur MTV ou VH1, les chaînes
musicales américaines, servent désormais à illustrer les
reportages des chaînes d’info et des documentaires spéciaux
consacrés à la vie controversée d’un chanteur adoré ou détesté.
Si
les tubes ont disparu des radios, les meddley « années 80 » qui
ravissent tant les clubbers nostalgiques n’incluent plus les
hits de Jackson. Entre Prince et Madonna se retrouvent en
général les mélodies endiablées de la mégastar. Dans les boites
de nuit, personne ne fait même attention à l’absence de ses
chansons. Le DJ de l’une des plus grandes boites de NY, le
Roxi, admet que personne ne lui a demandé de ne pas inclure
Michael Jackson dans ses mixes. Il se justifie en clamant que
« la morale » lui avait dicté d’effectuer une sorte
d’autocensure.
Le
Brooklyn Dinner, l’un des restaurant les plus populaire
de Manhattan passe depuis des années les mêmes disques en
boucle. « La clientèle ne vient pas manger chez nous pour se
souvenirs qu’une star déchue passe son temps à agresser
sexuellement des enfants » se défend Mike, en charge de la
programmation musicale de l’établissement. Depuis deux semaines,
Mike à la main lourde sur le titre ABC des Jackson
Five qui passe d’habitude à l’heure du déjeuner.
Jeudi dernier, l’autocensure est devenu plus officielle lors de
la parade annuelle qui se déroule sur Broadway pour célébrer
Thanksgiving, la fête familiale la plus populaire des
Etats-Unis. Ballons gonflées à l’hélium à l’effigie de
personnages de dessins animés, majorettes, fanfares, collégiens
en uniforme… le défilé sélectionne avec beaucoup d’attention les
morceaux musicaux joués durant la parade. L’école Bloomington
qui devait marcher au rythme de « Thriller » n’a voulu prendre
aucun risque. Thomas Wilson, le manager de la fanfare déclarait
dans le New York Times que « ce ne serait pas approprie
pour la morale et les idéaux que représente Thanksgiving
de jouer en ce moment un titre de Michael Jackson ».
Les
grandes chaînes de magasin aussi opèrent un boycotte à peine
masqué. Le Virgin Mégastore d’Union Square, temple de la
musique au cœur d’un quartier dédié au divertissement a retiré
de ses têtes de gondoles les albums du chanteur. Son dernier
titre « Number One » n’apparaît pas comme prévu dans les
catalogues de promotion des fêtes de fin d’année. En pleine
période d’achat pour Noël, l’absence de publicité pour son
dernier disque a eu pour conséquence de le reléguer en treizième
place du top 50 alors que Michael Jackson se retrouve
habituellement dans le top 3 des meilleures ventes de CD.
Certaines émissions de télé-achat qui n’ont pas les moyens de
changer leur programmation à la dernière minute continuent de
passer, la nuit, des programmes en boucle mettant en vente
produits dérivés, compilations de disques ou autres objets à
l’effigie de Jackson. Mais lorsque l’on demande aux
téléopératrices si les spectateurs continuent d’acheter, elles
admettent que les ventes se sont effondrées depuis le début de
l’affaire.
One More Chance,
son dernier titre, prémonitoire ou hasard de l’actualité ? C’est
tout ce que demande apparemment Michael Jackson pour sa
crédibilité. Une dernière chance.
D.B.
© La Dernière Heure 2003