La
décapotable présidentielle roule au pas dans les rues de Dallas,
on entends des bruits de balles, la camera balbutie, à droite, à
gauche, puis suit de nouveau le cortège, la voiture accélère, un
vent de panique s’installe, la foule fuit la route principale.
Ces images ont été vues et revues dans le monde entier à une
rapidité éclair à l’époque des faits. Avant cet événement, les
retransmissions télévisées à grande échelle étaient
millimétrées, comme pour le couronnement de la Reine Elisabeth
II en 1952. L’impact de la mort de JFK fut mondial, et c’est
aussi une nouvelle ère journalistique qui commence ce 22
novembre 1963.
Aujourd’hui, 40 ans après, l’assassinat de John Fitzgerald
Kennedy remue toujours. La presse américaine se souvient de ce
jour comme l’un des plus traumatique du pays. Les comparaisons
avec le 11 septembre 2001 sont nombreuses en terme d’impact
émotionnel. Les quotidiens les plus populaires retracent la
journée de sa mort minute par minute, comme un film que l’on
déroule pour mieux digérer l’événement. Certains interrogent les
seniors qui se souviennent de ce qu’ils faisaient en apprenant
la mort de leur président, et chacun y va de son anecdote, de
son souvenir inoubliable. Personnalités politiques, acteurs,
journalistes, tout ce petit monde se bouscule sur les plateaux
de télévision pour raconter sa petite histoire personnelle.
Tabloïds locaux, émissions racoleuses, magazines spécialisés,
beaucoup continuent de parler de JFK uniquement à travers le
jour de sa mort. Même une chaîne respectable comme ABC fait une
émission spéciale de deux heures sur de nouveaux éléments
confortant l’idée de la conspiration derrière la version
officielle de la commission Warren (du nom du procureur en
charge de l’enquête à l’époque). Peter Jennings, l’une des stars
du petit écran, présentateur du journal du soir promet une
investigation réunissant plus de 70 interviews, des images
d’exceptions pour un prime time à forte audience.
Le
très réputé mensuel Life a ressorti une réimpression du magazine
sorti en novembre 1962 en hommage à Kennedy. La théorie de la
conspiration mise en scène par Oliver Stone en 1991 dans son « JFK »
primé aux Oscars refait surface sur les chaînes cinéma et dans
les bacs des supermarchés en version DVD remasterisé.
Pourtant, d’autres chaînes de télévision comme CBS ou NBC
commencent un travail d’inventaire sur la vie de Kennedy. The
History Channel fait une campagne de publicité énorme sur son
documentaire de trois heures diffusé tout au long de ce que la
chaîne appelle « la semaine Kennedy ». Son argumentaire est
explicite : « Par quatre fois en juste trois ans l’Amérique a
faillie entrer en Guerre avec l’Union Soviétique, et a trois
reprises l’administration Kennedy aurait pu envoyer l’armée dans
des Etats du sud des Etats-Unis pour protéger les droits civils
des citoyens noirs. » La chaîne du câble tente à sa manière de
perpétuer son devoir de mémoire face à une couverture médiatique
souvent trop orienté sur la mort de l’homme plutôt que sur son
rôle politique.
Ben
Bradley, journaliste à Newsweek pendant le mandat de JFK, puis
Rédacteur en Chef au Washington Post lors de l’affaire du
Watergate, signe un reportage sur le premier « TV President ».
Il analyse avec finesse le rôle de la télé et de la presse tout
au long de la carrière politique de JFK. Comme De Gaulle a su
dompter les medias en France, Kennedy semble être le premier à
avoir fait de ses interventions télévisées des minis événements.
Son style décontracté, son sourire hollywoodien, sa jeunesse et
sa tactique politique ont su faire la différence. Aujourd’hui,
l’Amérique médiatique le lui rend bien. Et il semble que la
recette fonctionne toujours.
D.B.
© La Dernière Heure 2003